L’Amérindienne Debra Haaland, future Ms. Federal Land: un symbole

Après la poussée d’acné peut-être purificatrice qu’ont été les années Trump dans une Amérique encore adolescente, se dessinent les traits d’un visage plus mature et plus sage, à nouveau métissé, de plus en plus entouré par le contraste de longs cheveux noirs. Debra Haaland, ou bientôt, Madame “federal land”, la première Amérindienne du Congrès, représentante de caractère du Nouveau-Mexique, a été choisie pour devenir ministre de l’Intérieur du futur gouvernement, c’est-à-dire patronne des terres fédérales et des ressources naturelles (à ne pas confondre avec le gigantesque département du “Homeland Security”).

Cette administration, basée à Washington, s’occupe notamment des grands parcs nationaux et de la gestion des terres appartenant à l’Etat et il n’est pas étonnant qu’elle revienne à une représentante de l’ouest américain. En revanche, compte tenu de l’histoire du pays et du vol de territoire qu’ont subi les Indiens à travers la colonisation des Européens, cette nomination est éminemment symbolique. C’est un acte juste.

Après David Bernhardt, un avocat et lobbyiste pro-industrie du pétrole, le nouveau visage des ressources naturelles américaines, sous les traits d’une Indienne catholique qui a connu la vraie précarité, marque un virage net et abrupt, un landslide, voire un tremblement de terre.

Ce qui est moins visible sur ce teint halé sont les origines norvégiennes du padre de Ms. Haaland, celles justement portées par ce nom de Haaland (équivalent de “high-land”). Cette femme des hautes plaines est ainsi une métis, comme Barack Obama, tiraillée tout en faisant le pont entre des racines bien différentes et des déménagements multiples. Sa mère au nom hispanique, Mary Toya, venait du Laguna Pueblo, une tribu ancestrale du Nouveau-Mexique dont Debra estime être une enfant de la 35ème génération. Ses deux parents étaient des militaires au service de l’armée américaine, ce qui a ballotté Debra et ses frères et soeurs aux quatre coins du pays, avant qu’elle ne parvienne à l’aube de la soixantaine dans la capitale.

Comme l’Amérique est moins une société du nom que de l’image, elle s’éloigne en ce sens, avec Debra Haaland, des traits hollywoodiens des grands gagnants de l’histoire, les cow-boys de western, pour revenir vers un idéal de justice, lui aussi parfois porté à Hollywood. A travers elle, je me souviens de l’Indienne navajo du film The Outlaw Josey Wales de Clint Eastwood. Little Moonlight, s’appelait-elle. Petite lumière, au bout du tunnel. L’histoire, pas seulement celle avec une minuscule, the story, mais celle avec une majuscule, History, est aussi vengeance.

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