Episode 13 : Du joker au stripteaseur, ceux qui alimentent la cour

Ce sont des particuliers élémentaires qu’on imaginerait bien dans un Houellebecq, l’écrivain dont l’univers neurasthénique repose sur celui des supermarchés, lieux d’une réjouissance quotidienne guère ambitieuse mais facile d’accès. Du moins, en temps normal. Ce monde de Houellebecq est au moins mis entre parenthèses, si ce n’est révolu. Désormais, il faut faire la queue, s’y prendre à plusieurs fois, enfiler des gants et pas trop tripoter les produits. A peine touchée une tomate que, à la découverte de sa face cachée molle et brunâtre, ta bonne conscience te dit : “Tu l’as touchée, vas-y tu la prends”.

De supermarché en supérette, les habitants du 156 partent régulièrement à la chasse aux produits simples mais qui se raréfient. “Il vous reste des oeufs ici? Et vous avez du basilic?” La pénurie guette à tous les coins de rue, comme un avenir envisageable, ça se sent. Mais pour l’instant, le système alimentaire – disons du pain aux médicaments – tient plutôt bien.

Ceux qui gèrent épiceries, pharmacies de quartier et commerces de bouche font face aux longues queues sur les trottoirs, aux pénuries dans les rayons (plus de farine, plus de gel, plus de masque, etc.), aux ravitaillements compliqués, aux contacts permanents avec les clients, les produits, la monnaie… Le tout, tenez-vous bien, avec le sourire, parfois immense. Je n’ai jamais vu ça. Ou rarement.

En dehors comme à l’intérieur de la cour, des gens d’une bienveillance tenace travaillent chaque jour, sans relâche, pour nous alimenter. La famille Babos s’est ainsi ravitaillée hier en viande chez le boucher, et en légumes chez l’épicier, pour repartir pour un tour. “Impossible de faire le plein pour un mois, mais déjà on devrait tenir quelques jours”, dit la mère à son balcon, cinq bouches à nourrir. “Sinon, il faudrait carrément des poules, des chèvres et des moutons dans la cour”, poursuit-elle. L’imaginaire rural poursuit son chemin, en temps de confinement urbain…

En attendant, voici quelques uns de ces visages qui, toute la journée, et parfois toute la nuit, comme dans la supérette du Joker, aka Monsieur Blague, nous servent pain, viande, antibiotiques, mozza, citrons, etc. Sans se plaindre et sans perdre le sourire. Je vous entends, les sceptiques: “comment, à Paris?” Mais oui, c’est possible!

La preuve en images. “There go my heroes, they’re ordinary”, comme dit la chanson made in L.A., puisque dans l’épisode précédent s’établissait un lien clair entre confinement, cheveux gras, et rock’n’roll. Alors, on finit son assiette et ses médocs, et on dit merci qui ?

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