Episode 11 : La cour du côté obscur de la force

La famille Parfaite ne pouvait pas ne pas avoir sa part d’ombre. Au-dessus de maman et papa parfaits, et de la petite soeur Z. qui joue à la corde à sauter, avec une autre Z. (Zoé et Zélie, pour ne pas les nommer), quelque part dans les ténèbres des combles du loft familial, vit un être étrange. Un enfant qui a muté. Et, Dieu soit loué, mué. Un adolescent.

DarlFils2Celui qui avait pour habitude de jouer avec insouciance et de faire résonner sa voix aigüe et intense dans la cour lorsqu’il était petit s’est renfermé sur lui, dans son grenier. On ne le voit plus, et surtout, on ne l’entend plus. L’animal est devenu sauvage, silencieux et furtif. Tel Fantômas, l’Homme invisible, ou encore Dark Vador, l’enfant d’Hollywood qui a mal tourné et avoue un jour à son fils Luke animé de plein de bonnes intentions: “Je suis ton père”. Ca calme le rejeton, dans le film.

En vrai, au 156, c’est plutôt le contraire: c’est le fils qui fait flipper le père. Notre sombre A. est le garçon du père Parfait (j’assure son anonymat car il serait capable de trouver ce post et de me cyber-harceler en bon adolescent sans pitié). Comme dans la famille Skywalker, sacré contraste entre les générations ! Le jour et la nuit, l’ombre et la lumière, le côté obscur de la force.

Mais qu’est-il arrivé à notre Dark Vador local ? Peut-être n’a-t-il pas si bien vécu le fait de voir son portrait-robot en forme de visage enfantin en train d’hurler, punaisé sur la porte d’entrée par un voisin bourru travaillant dans le marketing et qui avait exigé le calme devant ses fenêtres. Peut-être est-il vénère que ces bonbecs d’apparence inoffensive qu’on lui tendait pour le faire saliver, en tant qu’enfant innocent et naïf, c’était de la p***$$ de gélatine de porc produite à l’échelle industrielle ! En ce sens, la rage adolescente est une colère saine. C’est la fin de la vie emballée dans du papier carambar. Quand y en a marre, y a plus Malabar. Y a Marlboro, et toutes ces tentations pour se faire enfin une mauvaise réputation. Pourquoi pas devenir un bad boy, s’imposer pour gagner le respect de tout le 156, et lui faire bouffer son portrait-robot, à l’autre relou.

C’est l’occasion pour A. de remettre en question le bon vieil ordre des choses, de penser par lui-même, de se saisir de sa vie. Certains, adultes, garderont cette habitude malgré les attaques pour les faire rentrer dans le rang. Certains garderont les cheveux longs et la mèche rebelle, à la Kurt Cobain, master ès teenage angst, même s’ils sont devenus de grands et sérieux spécialistes dans leur domaine scientifique. A. n’en est pas encore là, mais pour se préparer à devenir un homme, il s’est retiré dans son labo à lui, un étage où il expérimente des choses en cachette. D’ailleurs ses parents se sont mis en quatre pour qu’il dispose de son espace de liberté: depuis peu, il a toute une partie de la maison à lui tout seul. De quoi se créer une nouvelle réalité… en partie virtuelle.

A la faveur des rayons de soleil perçants qui caractérisent cette période de confinement, A. m’est apparu plusieurs fois à travers sa lucarne, manette de jeu dans les mains, et là j’ai compris son côté insaisissable. A. passe une bonne part de son temps sur les jeux vidéos. Le soleil est un ennemi du gamer (joueur sonnant moins cool), qui a pour code: rester dans l’ombre, pour bien voir l’écran, et porter un sweat à capuche, au cas où. Le confinement est le rêve du gamer. Il peut jouer toute la journée sans qu’on lui casse les pieds avec des reproches du genre : “Tu veux pas aller faire un tour et profiter du soleil, plutôt”, “tu peux pas essayer de lire un livre”, “tu pourrais aider ton père/ta mère à faire ceci/cela”.

mamanParfaite (1)Mais si A. vit peut-être son rêve de confinement en ce moment, le confinement avec les parents lui gâche sans doute un peu la fête. L’âge ingrat – les plus médisants diront l’âge bête – ne constitue pas la période dans la vie où l’on désire le plus être cloîtré avec ses géniteurs (et d’ailleurs, c’est souvent réciproque, ou alors je prends mon cas pour une généralité). Confiné avec un père qui a le coronavirus et une mère qui en développe les symptômes, en plus, le pauvre… Sympa les remps ! Et le pompom, c’est la daronne qui vient squatter le spot de la console quand ça lui chante. Faut reconnaître, avoir caler le fauteuil de Dark Vador pile à l’endroit où le soleil tape, c’était osé. Mais bon, les Jedi triompheront…

 

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